Princes Anjouanais en exil en Nouvelle-Calédonie

De gauche à droite : Prince Saidali ibn Sultan Abdallah III (Mawana) ibn Sultan Salim II ibn Sultan Alawi Ier AL MADWA , Prince Omar ibn Houmad ibn Sultan Salim II ibn Sultan Alawi Ier AL MADWA , Prince Salim ibn Sultan Abdallah III (Mawana) ibn Sultan Salim II ibn Sultan Alawi Ier AL MADWA , Sultan Mardjan ibn Abdou-Sheikh ibn Cheikh Djindan ibn Prince Salim ibn Sultan Ahmad (Domoni) AL SHEIKH ABUBAKR IBN SALIM AL BAALAWI ( un des sultans de Moheli ) .

La photo a été prise en exil en Nouvelle-Calédonie.

Le sultan Mardjane né en 1851 à Wani ( Ndzuwani ) et meurt à Diégo-Suarez (Madagascar)
« En 1904, l’ex-sultan de Mohéli, Mardjani ben Abdou Cheikh ben Cheikh Djindani, assigné à résidence à Diego-Suarez, se déguise en chauffeur aidé par des Comoriens pour embarquer sur le navire Melbourne et se rendre à Paris; à Marseille, un autre employé anjouanais lui aurait prêté de quoi prendre le train.
ANOM MAD GGM 6(😎 D7 rapport signé Guiton, chef du service politique et administratif, et MAD GGM 6(😎 D2, lettre de l’administrateur Cardenau, chef de province et maire de Diego-Suarez, au gouverneur général, le 14 novembre 1904. » Sophie Blanchy 2025, page 320.
Grâce aux connexions maritimes en 1864, les Comoriens voyagent de plus en plus facilement vers Zanzibar et Madagascar. Une communauté comorienne s’installe à Diego-Suarez et elle y construit la première mosquée comorienne en 1897. C’est dans ce contexte que le Sultan Mardjane voyage à Paris.
Après les révoltes de Ndzuwani et de Ngazidja, beaucoup des notables et des princes comoriens ont été envoyés en exil en Nouvelle Calédonie en 1891. Ils étaient envoyés là-bas parce qu’ils ont résisté à la colonisation. Comme l’a écrit Jean Martin dans la revue Études Océan Indien Inalco numéro 1, la colonisation fut mal accueillie dans les 4 îles des Comores.
Parmi ces princes comoriens, le sultan de Mwali Mardjane ben Abdou Cheikh Djindane, numéro 4 sur cette photo prise à Nouméa en Nouvelle Calédonie au côté de :
1 = Prince ‘Ali bin Sultan ‘Abdallah dit Mawana bin Sultan Sâlim II al Maduwa ;
2 = Prince Omar ben Mohamed ben Sultan Salim ll dit Boura Ali;
3 = Prince Sâlim bin Sultan ‘Abdallah dit Mawana bin Sultan Sâlim II al Maduwa ;
Sultan Mardjani est né vers 1851 à Wani Ndzuwani. Sa mère est la fille de Cheikh Moukadar, sultan de Mwali qui a été détrôné par Ramanetaka en 1832. Mardjani est devenu sultan de Mwali en 1885 en remplaçant en remplaçant son oncle Mohamed ben Cheikh qui n’a régné que 7 mois à Mwali. Il fut destitué en avril 1888.
La conférence de Berlin sur le partage de l’Afrique en 1884-1885 fut basée sur une logique commerciale et territoriale : les territoires conquis dans l’archipel des Comores par les Allemands (Mbadjini, Itsandra, Bambao, Washili Ngazidja), par les Anglais (Anjouan) et par les Français (Mayotte en 1841) deviennent une monnaie d’échange entre ces puissances européennes.
Dans un rapprochement diplômatique et dans une entente cordiale, les Français, les Allemands et les Anglais ont mis en places des échanges négociés pour mieux se partager le gâteau Comores, le gâteau Afrique en 1885. L’année suivante, la France, représentait par le Commandant de Mayotte Gerville-Reache, s’est sentie très confiante pour faire passer le 6 janvier 1886 à Ngazidja, le 21 avril à Anjouan et le 26 avril à Moheli, trois traités de protectorats marquants le début de la colonisation dans les trois îles qui viennent rejoindre Mayotte qui fut déjà une colonie depuis 1841.
C’est dans ce contexte que le sultan de Mwali Mardjani a été forcé à signer le traité de protectorat.
J’ai jugé nécessaire de partager ici Jean Martin ( note 238, pages 357-358 du tome 2 Comores : quatre îles entre pirates et planteurs ) :
« A la fin de 1889, Mardjani désespérant d’être réinstallé sur un trône auquel il avait renoncé, gagna l’île Maurice. L’administration de la colonie britannique ne pouvait rien pour lui. L’ancien sultan s’embarqua alors pour Le Cap où Alaoui Mohammed était passé quelques mois plus tôt. Il se heurta à une nouvelle fin de non-recevoir. Il ne lui restait qu’à se rendre en France, ce qu’il fit, sans doute encouragé par l’exemple de Djumbe Fatima. Il ne connut pas le même succès. Le sous-secrétaire d’Etat Roger de La Porte, qui s’étonnait que ce chef indigène ait pu gagner Paris, lui fit quelques vagues promesses et le renvoya à Mayotte. Conformément aux instructions ministérielles, Papinaud prescrivit au résident Ormières de consulter les notables mohéliens au sujet d’une éventuelle restauration de Mardjani. (Selon le vœu de ce dernier, douze d’entre eux qui lui étaient notoirement hostiles avaient été écartés de l’enquête. Aboudou Tsivandini était du nombre.) Les notables convoqués à Fomboni, se montrèrent irréductiblement opposés à un retour de ce prince. Ce dernier accusa alors Papinaud de le desservir et lui écrivit même des lettres d’insultes. La réplique de l’administration [coloniale] ne se fit pas attendre et, par décision du sous-secrétaire d’Etat en date du 29 janvier 1891, sa déportation en Nouvelle-Calédonie pour complicité de révolte fut décidée (des correspondances confisquées à son domicile avaient établi qu’il entretenait l’agitation à Fomboni).
Gracié en 1896, il revint se fixer à Madagascar. Il percevait une petite pension de 15 francs par mois, qui fut portée à 30 francs par Camille Pelletan en 1899. Il exerçait alors la profession de boucher à Diego-Suarez. En 1903, Mardjani adressait une supplique au président Loubet et l’année suivante, ayant pu se faire embaucher comme soutier sur un navire des Messageries, il gagnait de nouveau la France. Son séjour à Paris fut bref (août 1904) et infructueux (son hébergement à l’hôtel Gamet, 24, rue de Chalons, et ses déplacements en fiacre n’en furent pas moins réglés par le ministère).
Gaston Doumergue (président français de 1924 à 1931) le fit renvoyer à Diégo-Suarez, mais l’année suivante, son successeur Clementel acceptait de porter à 40 francs par mois la pension de l’ex-sultan. Celui-ci termina ses jours à Diégo-Suarez en adressant périodiquement des requêtes à l’administration. Il comparait son cas à celui de Saïd Ali. Le gouverneur Papinaud dépeignait Mardjani comme « fourbe, faux et menteur ». »
Le dernier passage de ce texte de Jean Martin reflète le mépris colonial envers les colonisés.
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Image : numéro 4 Sultan Mardjani ben Abdou Cheikh ben Cheikh Djindani Aly Cheikh Aboubakar ben Salim pendant son exil à Nouméa, Nouvelle Calédonie.
Photo travaillée par une IA par Zain-el Abidine Abdallah
Source : Sophie Blanchy, Jean Martin.
Sultan Salim lll (1864-1918)
Il est né en 1864, fils aîné de sultan Mawana Abdallah lll et petit fils par son père de sultan Salim ll ben sultan Allaoui 1er Al Maduwa. Sa mère Bmeni Manlali est une cousine de son père Abdallah lll.
En juillet 1886, alors âgé de 22 ans, le prince Salim se trouvait à Mayotte pour le compte de son père et avant de regagnait son île Anjouan, il demandait des nouvelles précisions, sur la nature du traité signé entre son père et la France le 21 avril 1886. Le prince Salim profitait de son séjour dans l’île sous colonisation française, et surtout du fait que son île est placée sous la protection de la France, pour demander la restauration du trône de Moheli à l’ancienne dynastie mohelienne qui avait régné avant Ramanetaka.
Quand les relations avec la France commençaient à se détériorer notablement, le prince Salim était tout près sur la gestion des affaires de son père Abdallah lll.
Les proclamations hostiles envers les Français, dont une partie a été affichée dans les mosquées, vont être la raison de la première intervention française à Anjouan. Le 22 mars 1887 quatre navires de guerre mouillaient devant Mutsamudu, le prince Salim, Gouverneur de la capitale qui n’a par pu mener aucune résistance, fut arrêté dans le palais de son père et fut conduit à bord des navires puis placé en garde à vue. On sait qu’après plusieurs années qu’il occupa les fonctions de Gouverneur de Mutsamudu et suite à son emprisonnement par la France en 1887, l’administration de Mayotte cherchait à casser le prince en l’éloignant d’Anjouan. C’est alors qu’il s’est trouvé introniser sultan en 1888 de Mitsamiouli à Ngazidja, il ne sera pendant quelques mois. Mais le fait qu’il ne figure pas dans une aucune liste des sultans de Mitsamiouli, montre qu’il n’était pas reconnu comme sultan selon les règles de succession. Le sultan Said Ali, qui venait de donner en mariage sa mère Moina M’kou wa Mwigni M’kou avec le prince Salim, avait jugé bon d’installer le prince à la tête du sultanat de Mitsamiouli.
Après la mort de son père Abdallah lll, survenue le 2 février 1891, des rumeurs courraient que c’est la mère de Prince Salim, Bweni Manlali qui fut soupçonnée d’avoir provoquer sa mort pour faciliter l’accession de son fils au pouvoir.
La règle de succession basée sur une priorité d’âge que les sultans d’Anjouan se sont imposés, furent reconnues par les Anglais en 1853 et lors de la signature du traité de protectorat en 1886. Le prince Salim, fils aîné et successeur désigné de sultan Mawana Abdallah lll, devrait succéder son père. Salim qui avait été éduqué à l’île Maurice et parlait couramment le français et l’anglais, avait 27 ans quand son père est mort.
Toutes ces histoires ont eu comme conséquence un conflit au niveau de la succession après la mort de son père. Le trône se trouvait être convoité par ses oncles : Mohamed ben Sultan l’aîné, Said Ali (épouse de Moina Sitina, sœur de Said Ali à Ngazidja) était devenu le candidat du médecin américain à la succession d’Abdallah lll et Said Othmane. Ce dernier fut reconnu comme sultan de l’île par ses frères.
Le prince Salim qui s’était installé à Ngazidja était rentré précipitamment à Anjouan après la nouvelle du décès de son père. A son arrivée dans l’île, il chercha d’abord à faire assassiner son oncle Said Othman avant de distribuer le 20 février 1891 des armes aux trois cents esclaves de la plantation de Bambao. Ces derniers se rendirent maîtres du domaine de Bambao aussitôt armés et le prince obligea de prendre la la fuite et se réfugia à Domoni. Said Othmane fut proclamé sultan par les travailleurs de Patsi et decreta sur le champ l’affranchissement total et immédiat des esclaves pour éviter ce qu’il pensait être un piège tendu par son neveu Salim. Le règne du prince Salim ne dura qu’un peu moins d’un mois. La révolte allait continuer et Mutsamudu pillait au début mars 1891.
Prince Salim fut arrêté à Domoni par les insurgés et fut amené à la prison de Mutsamudu à pieds nus où il se rallia à ses oncles.
Au début du mois de mars 1891,le prince Salim abdiqua officiellement en faveur de Said Othmane.
Il ecriva en 1896 dans son exil à Sainte Marie dans son mémoire intitulé  » les dernières Évènements d’Anjouan » que cette renonciation à ses droits lui avait été imposé et menacé de mort.
Le prince Salim se rallia en avril 1891 au nouveau sultan Said Omar, installé par l’intervention française.
Le 7 juillet, le prince Salim avec son oncle Said Othmane furent internés à Mayotte puis en Nouvelle-Calédonie (photo).
Dans un article publié en 2023 par Gwénael MURPHY, Professeur d’histoire contemporaine à l’Université de la Reunion, sur l’éloignement des chefs autochtones rebelles en Nouvelle- Calédonie (1858-1928), on peut lire :
 » Il semble que seuls les exilés comoriens, arrivés en 1894 avec leurs réserves d’argent, n’aient pas ressenti la nécessité ni subi l’obligation de travailler65. Après un débat interne, le conseil de la colonie met à leur disposition un bâtiment de l’Administration pénitentiaire et décide de ne pas les considérer comme des prisonniers, mais simplement comme des exilés libres de leurs mouvements. Le prince Salim initie gracieusement les habitants de Nouméa intéressés à la calligraphie arabe. Avec son jeune frère, Ali (20 ans) et Omar (14 ans), il suit des cours pour apprendre le français au collège de la ville. Six Comoriens sont envoyés, à leur demande, travailler à l’usine de sucre de Baccouya, tandis que les trois princes et leur domesticité demeurent dans le centre de Nouméa, « (…) ne sont astreints à aucun travail, se promènent vêtus de leur Djoho de velours, coiffés de leur stambouli (…) n’oublient pas de faire leurs prières et sont souvent invités », y compris par le gouverneur Feillet, qui devient leur défenseur et plaide la méprise sur leur responsabilité dans la révolte d’Anjouan auprès du ministre des Colonies. Mais le prince Salim et son entourage constituent l’exception qui confirme une règle qui semble générale : les exilés doivent coûter le moins possible et, pour cela, travailler.» par Gwénael Murphy, septembre 2023.https://www.researchgate.net/…/373921878_L’eloignement…
Ils seront ramenés Mayotte qu’au début de 1896. Mais prince Salim continua seul l’internation à Sainte Marie à Madagascar, où il fut nommé après par l’administration coloniale Gouverneur principale autochtone du Manitrirano, dont il fut attribué 4200 francs par an. Il fut invité et bien reçu à Paris dans l’Exposition universelle de 1900. Au retour vers Madagascar, le prince Salim quitta le paquebot à l’escale à Zanzibar et demanda asile aux autorités britanniques.
L’escale à Zanzibar et demanda asile aux autorités britanniques. Par crainte de voir le prince provoquait une agitation à Anjouan, le Gouverneur de Mayotte lui fit savoir que sa mère, Bweni Manlali, serait gardée à vue pour responsable de ses actes. Le refus du Gouvernement de Zanzibar à ses demandes, obligea le prince Salim à s’installait à La Mecque où un des ses oncles occupait un grand poste. Ensuite, il s’installa après en Égypte. Ce n’est qu’en 1915, qu’il se se réconcilia avec les autorités françaises et rentra à Madagascar. Une pension annuelle de 3600 francs lui sera attribuée. Il décéda à Sainte Marie le 14 août 1918.
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Image : prince Salim ben sultan Mawana Abdallah lll ben sultan Salim II ben sultan Alawi 1er en Nouvelle Calédonie en 1894.
Crédit photo : Madi et Rabouba Jr Al Shahashahani
Photo travaillée par une IA par Zain-el Abidine Abdallah
Source : Jean Martin, Gwénael Murphy.
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