Débarquement colonial sur Anjouan le 20 mars 1891

Le Paroxysme de la Domination Française : d’avril 1841 à juin 1891

La France, cherchant à annihiler l’existence du sultanat d’Anjouan qui s’opposait depuis longtemps à sa colonisation, ainsi que l’occupation coloniale de Mayotte, a imposé la dénomination commune « Comores, » au pluriel, pour l’ensemble des îles de l’archipel. Cependant, l’ajout de l’adjectif « GRANDE » a été délibérément effectué pour distinguer l’île de Comore ou « Jazira al Kamar » des autres îles.
La guerre de colonisation et d’occupation de 1891, qui a laissé une empreinte indélébile sur l’histoire de l’archipel, s’est inscrite dans une série d’événements marquants. Il est crucial de souligner qu’à partir du 25 avril 1841, l’île de Mayotte, alors vassale d’Anjouan avec une population de 3 000 habitants, a subi une effraction par la France, inaugurant ainsi l’occupation et l’influence coloniale.
Cette occupation a jeté les bases d’une séquence d’événements qui allaient ultimement conduire à la tragédie de 1891, avec plus de 300 pertes de vies humaines parmi la population anjouanaise et des déportations arbitraires d’Anjouanais vers d’autres contrées lointaines. Cette mesure impitoyable a laissé des familles entières et les proches de ces déportés dans une situation de dénuement, de désarroi et de désespérance profonde.
Le 20 mars 1891 a marqué le point culminant de la conquête française, avec des conséquences dévastatrices sur les villes d’Anjouan. Une partie de la citadelle et du quartier Habomo de Mutsamudu, ainsi qu’un quartier de la ville de Ouani, ont été détruits par les armes et les bombes de la puissance coloniale. Plus tard, le 5 juin 1891, la ville de Moya a également été la cible de bombardements, en raison du refus du gouverneur et ministre, Wazir Ali, de se soumettre à un pantin désigné par la France depuis Mayotte pour imposer son autorité aux Anjouanais.
Sous la direction éclairée du vaillant Sultan Said Athman, la résistance opiniâtre et farouche d’Anjouan face à la colonisation prit forme au lendemain du décès de son frère ainé, le roi Abdallah III, le 2 février 1891.
Saïd Athman est intronisé à Mutsamudu le 7 avril 1891 selon les préceptes de la Constitution, les us et coutumes, ainsi que les traditions. Cet événement marqua un moment mémorable dans l’histoire de l’île. Porté en triomphe dans un palanquin, il traversa la cité au rythme vibrant des tambours et des clairons « Ndzumara », entouré des officiers des navires Redbreast et Matilde, des représentants consulaires en place, des mawakil (élus), et des notables.
Said Athman demeurait le dernier détenteur légal et légitime du titre de Sultan, symbolisant la souveraineté anjouanaise dans un acte rituel chargé de symboles. Cependant, le 14 juin 1891, s’étant elle-même rendue captive à Lingoni, cette figure emblématique a marqué un tournant douloureux en se sacrifiant pour éviter davantage de désastres et de dévastations à Anjouan, préservant ainsi la vie de ses concitoyens au sein de son peuple anjouanais.
La France, dans sa quête de domination coloniale, a imposé aux Anjouanais un Sultan nommé par le biais du Gouverneur colonial de Mayotte Pierre Louis Clovis Papinaud, agissant par arrêté du 12 avril 1891. Il s’agit de Said Omar Said Hasan ibn Sultan Abdallah 1er, un simple exécutant aux ordres coloniaux, dépourvu de tout pouvoir souverain, si ce n’est la gestion des affaires coutumières. Sa rémunération annuelle de 1 500 francs ne pouvait dissimuler l’absence totale de souveraineté et l’emprise impitoyable de la puissance coloniale sur le destin d’Anjouan. Ainsi, la trame de l’histoire se tissait avec les fils de la trahison et de la subjugation, effaçant les aspirations légitimes du peuple anjouanais.
Said Omar Said Hassan, en moins d’un an après que la France l’eut installé par la force et le feu des canons coloniaux à Anjouan, décéda en mars 1892. À ce moment, son fils, originaire et natif de Mayotte, Said Mohamed Sidi Said Omar, fut désigné Sultan d’Anjouan le 15 mai 1892, par l’entremise d’un Administrateur colonial, Louis Auguste Bertrand Ormières. Dépourvu de tout pouvoir effectif, son rôle se cantonnait à celui d’un agent subalterne, un sous-fifre de la France, rémunéré par cette dernière.
Cependant, l’histoire d’Anjouan prend un tournant significatif avec la promulgation de la Loi du 25 juillet 1912, déclarant les îles d’Anjouan, de Mohéli, et de Comore, colonies françaises (JORF, 3 août 1912, p. 6961). Le décret d’application fut signé le 23 février 1914, officialisant ainsi la transformation d’Anjouan en une colonie effective. Un changement qui marqua profondément le destin de l’île et de ses habitants.
Ainsi, tissée dans la trame de l’histoire, cette complexe narration de notre archipel révèle les cicatrices béantes encore de la colonisation, les résiliences des peuples, et l’éclat persistant de leur identité. À mesure que nous tournons la page sur ces chapitres douloureux, la lumière de la résistance anjouanaise guide notre voyage vers la conclusion de cette chronique captivante, tout en gardant un regard attentif sur la quête continue de justice, d’équité, et de souveraineté insulaire pour chaque île.

Anli Yachourtu JAFFAR
 

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