Prince Abdallah wa Said Hamza wa sultan Abdallah 1er s’habillait avec élégance
Ankil Dahalani aime répéter souvent que d’après la tradition orale, sultan Abdallah wa Said Hamza(photo) était connu comme l’une des figures de l’aristocratie de Ngazidja (Comores) qui s’habillait d’une manière très élégante.
Si on se demande, d’où lui vient ce goût particulier envers les vêtements prestigieux ?
La réponse à cette question n’est pas du tout facile.
Par contre on sait que le fait que le port de Mutsamudu à Ndzuwani (l’île où est originaire son père Said Hamza) était devenu une escale importante et internationale surtout pour les compagnies des Indes des Européens, l’échange des tissus et vêtements prestigieux était devenu par conséquent un composant du commerce anjouanais.
Les tenues de luxe étaient considérées comme un signe extérieur de richesse et de noblesse au sein de l’aristocratie comorienne.
La page 170 où Sophie Blanchy parle de la place des « tissus importés » dans son nouveau livre va dans ce sens :
« Du 17e au 20e siècle, les tissus et vêtements importés tiennent une grande place à Anjouan parmi les produits cités par les sources. Le tissu est par excellence a l’interface des sphères d’échange comme marchandise puis objet de dons réciproques et de redistributions. Les vêtements sont, à la fois, les reflets de la stratification sociale, et les instruments de maintien ou de remise en cause du statut, comme le montre Presthold (1998:
dans sa réflexion sur la culture matérielle dans les cités-États de la côte swahili des 16e-17e siècles. Beaujard (2009) a souligné la dimension de désirabilité qui augmente le prix des biens prestigieux dans les périphéries où ils sont débarqués, comme au Comores, par le fait même qu’ils sont producteurs de statut. Les tissus circulaient aussi dans les échanges internes entre kabaila, et entre eux et les producteurs comoriens contre du riz et du bétail.
Les vêtements permettent aux voyageurs d’identifier le statut social des gens observés. Les tenues ordinaires peuvent être tissées localement, mais les vêtements de luxe sont importés. Sur la côte cependant, des tissus de luxe étaient fabriqués aux 16e-17e siècles à Pate et à Mombasa (Presthold 1998), sans doute à partir des textiles importés, et on observe aux siècles suivants à Siyu (Lamu, Littoral du Kenya)) que cette activité est exercée par des clans waungwana et sharifiens (Vernet 2005: 73-74).
Quelle que soit leur origine, ces tissus, marques de rang et de richesse, sont longuement décrits par les voyageurs à Anjouan dès la fin du 16e siècle. Les vêtements les plus luxueux sont portés par les rois et gouverneurs, notamment la soie réservée à une petite élite (J. Davis voit à Mayotte en 1599 le roi et ses compagnons vêtus de longs vêtements de soie brodé (Purchas [1625] 1905, vol. II : 310) et les pintados ou chintz (Saris dans Purchas [1625] 1905, vol. III:
364; Molet-Sauvaget 1994: 7-11).
L’élégance et le luxe des toilettes d’hommes, les seules que les Européens puissent voir, sont le privilège du petit cercle fermé résidant dans son quartier réservé (Pike en 1704 dans Molet-Sauvaget 1994: 89, Grose 1772: 22-23, Browne 1846 : 280, Pelly 1863: 92).
[…]
Le vêtement agit de même chez les femmes comme marqueur social. À la fin du xx* siècle, le shiromani, drapé composé de six mouchoirs colorés assemblés, devient un vêtement accessible aux femmes de tous les statuts, mais reflète encore la hiérarchie: les femmes aisées se procurent les derniers modèles et ne les portent qu’une fois ou deux, l’apprêt du tissu neuf lui donnant une raideur qui fait son chic, tandis que le shiromani ramolli par les lavages répétés des femmes plus modestes révèle leur condition ordinaire. » (Sophie Blanchy, Inégalités et hiérarchies dans l’océan Indien (Anjouan, Comores). Une anthropologie historique, pages 170-171, 2025).
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Image mise en couleur par une IA de sultan Abdallah wa Said Hamza wa Sultan Abdallah 1er Al Macely, beau-frère de sultan Msafumu wa Fe Fumu.