Bweni Fatima Kouski

Bweni Fatima Kouski : L’âme vagabonde de Mutsamudu !

Elle était là, Bweni Fatima Kouski, silhouette errante et familière, âme libre voguant entre les ruelles de notre enfance comme une mélodie que le vent porte et que l’on n’oublie jamais. Elle n’avait ni maison, ni attaches, ni biens… elle était son propre refuge, son propre trésor.
Elle reconnaissait chaque enfant de la ville, mais pas n’importe lesquels… surtout ceux des grandes maisons, des lignées nobles et des familles notables. Un don mystérieux, une mémoire prodigieuse ? Ou peut-être un instinct affûté par les années, un sixième sens que seuls les êtres d’exception possèdent.
Son apparence était un poème à elle seule, une fresque vivante de tissus et de souvenirs. Les saluvas qu’elle enroulait autour d’elle n’étaient pas de simples étoffes ; elles formaient une véritable armure de modestie, une seconde peau tissée d’histoires et de générosité. Chaque pièce, chaque pli portait l’empreinte d’une main bienveillante, devenant un chapitre de sa propre histoire.
Et par-dessus tout cela, tel un symbole éclatant de fierté et de dignité, son shiromanie rouge et blanc. Ce shale emblématique, qui la couvrait de la tête aux pieds, était bien plus qu’un simple voile : il était un héritage vivant, un lien sacré entre le passé et le présent. Même ses cheveux n’étaient que partiellement visibles, dissimulés sous la cicatrice historique de ce tissu vibrant. Il rappelait à tous les couleurs du drapeau anjouanais, mais aussi l’esprit de résistance de nos mères et de nos grands-mères contre l’occupant colonial français. Un symbole porté avec la noblesse de celles qui ne se sont jamais laissées effacer par le temps ni par l’histoire.
Mais sous cette apparence bohème se cachait une indépendance farouche. Elle ne tendait pas la main, ne frappait pas aux portes pour quémander un repas. Non. Bweni Fatima préparait elle-même sa nourriture, dans un coin de la cour de la société Bambao. Un feu de fortune, quelques ingrédients glanés ici et là… et elle se nourrissait sans devoir rien à personne. Son errance n’était pas une soumission, mais une existence choisie à sa manière, avec une dignité que nul n’a jamais pu lui enlever.
Et puis, son inséparable tabac à chiquer, ce fidèle compagnon lové dans sa bouche, jamais bien loin d’un murmure, d’un rire étouffé ou d’un dialogue intérieur. Elle parlait seule, disait-on… Mais qui sait ? Peut-être conversait-elle avec des âmes invisibles, avec les vents du large ou avec ses souvenirs d’un temps connu d’elle seule.
Aujourd’hui, elle repose enfin, délivrée de ce monde trop rude pour les cœurs purs. Qu’Allah l’accueille sous Sa ombre, dans une paix infinie, elle qui porta sur elle tout ce que la vie lui offrit.
En ce mois béni de Ramadan, que nos prières et nos pensées s’élèvent vers elle et tous nos ancêtres disparus, et qu’Allah nous accorde la lumière et la paix dans nos cœurs.
Que ce mois sacré soit pour nous tous une source de purification, de sérénité et de gratitude.
Repose en paix, Bweni Fatima Kouski, étoile errante de notre jeunesse, poème vivant de nos ruelles d’antan.
Qu’Allah accepte nos jeûnes et bénisse nos Iftars, et que la paix règne sur nos âmes.
Anli Yachourtu JAFFAR
3 mars 2025
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