Hommage à Kays Inzouddine Mamadaly et à travers lui, la communauté indienne de Mutsamudu

Les Indiens de Mutsamudu, notre fraternité…
Ce lundi 29 juillet, les prières se sont élevées de la grande mosquée du vendredi, la mosquée Binti Ankili par delà son minaret mythique pour accompagner un des dignes fils de cette cité, le regretté Kays Inzoudine Mamadaly vers le paradis, sa demeure éternelle.
En ce moment tragique marqué par cette brutale et précoce disparition, nos pensées communient avec son épouse, ses enfants,
ses proches et toute la communauté indienne encore une fois éplorée par la perte d’un des siens.
Mais Kays était plus qu’un membre de la communauté indienne, puisqu’il était aussi un enfant apprécié et chéri de sa ville pour son investissement multiple dans le sport, son action sociale et économique pour ne pas dire tout simplement sa contribution dans le développement de Mutsamudu.
C’était un touche à tout qui transformait la moindre pierre en or, que ce fût au football, au Ndzuani Raid etc. Et nul doute que son activité bienfaitrice et son enthousiasme communicatif ne fassent cruellement défaut à notre cité.
Ce tragique événement va nous permettre cependant de parler d’une communauté ancienne, qui aura constitué depuis longtemps une composante essentielle de la société Mutsamudienne et de lui rendre ainsi un hommage mérité.
Certes l’essor commercial du port de Mutsamudu dans le passé au sein de la région et du monde a tôt mis en contact le sultanat d’Anjouan avec l’Inde et permis les échanges mais aussi l’interpénétration culturelle et l’installation d’habitants venus de cette contrée. Ainsi il n’était pas rare que les Kotrias « boutres indiens » débarquassent en plus des étoffes multicolores et des épices mystérieuses, des passagers désireux de s’installer dans ce petit coin de paradis de l’océan indien. Parfois c’était à la suite de naufrages dramatiques.
La présence indienne est donc ancienne dans le sang de Mutsamudu: en exemple, notre arrière grand-mère Bweni Assiati binti Abdallah ben Aboubakar ben Said Allaoui Sambi la Hariri est indienne par sa mère, la douce Kibibi.
D’autres indiens ont fondé des grandes familles comme les Ben Omar, on devrait peut-être dire Bwana Omar comme pour les autres indiens.
Je me souviens encore de » Baco Mwarabu », en réalité un vénérable vieillard indien enturbanné qui logeait en ermite dans une niche de la mosquée de Mroni et à qui j’apportais parfois le déjeuner préparé chez mon grand-père M Omari Dahia.
A l’inverse des arrivées individuelles qui finissaient par se fondre dans les familles Mutsamudiennes, la communauté indienne s’est formée à partir d’une arrivée plus groupée en provenance de Madagascar notamment.
On dénombre plusieurs grandes familles: les Mamadaly, les Kaderbay, les Issadjy, les Badroudine, les Kokar et les Anouwar ces derniers étant passés d’abord par Domoni.
Aujourd’hui que les pionniers de l’ancienne époque se sont éteints et reposent dans leur cimetière de Missiri, la descendance de certaines familles a quitté le pays pour ne plus revenir ; c’est ainsi que les familles Issadji, Badrou et Kokar n’ont plus de représentants à Mutsamudu.
Par contre, les Mamadaly et les Kaderbay ont encore des descendants ayant élu domicile dans leur ville d’origine.
La communauté indienne bien que marquée par une endogamie stricte est bien intégrée dans toutes les activités religieuses et sociales de la ville.
Leurs demeures étaient principalement situées dans le quartier de Madukani à proximité de leur mosquée dite des Indiens.
Les vastes habitations traditionnelles qui occupaient parfois une bonne partie d’un quartier et dans lesquelles trônait toujours une balançoire (susu) enviée de tous les bambins de la ville, s’ouvraient sur la ruelle par une boutique. Les boutiques indiennes étaient parmi les plus grandes et les plus achalandées de la ville.
Au bout de la ruelle de Mkiri wa djimoi se dressait la boutique des Kaderbay dite « Shidaka Shundra » à cause de la haute marche qu’il fallait franchir pour y accéder. Un peu plus bas sur la ruelle qui descend vers le boulevard coelacanthe, on tombait sur le magasin de Bwana Issadji qui ressemblait plus à un bureau qu’à une boutique car les marchandises n’étaient pas vendues en détail.
Encore plus bas, se trouvait le grand magasin des Mamadaly. le plus grand d’alors où fourmillait toujours un monde fou et où les sens étaient assaillis par les arômes envoûtantes du girofle, de la vanille, de l’ylang ylang et autres plantes à parfum. Car chez les Mamadaly on était plutôt spécialisé dans l’import et l’export.
Sur le littoral dans le tard, on a trouvé le magasin des Kokar d’allure plus moderne avec des vitrines et qui en mettait plein la vue avec les magazines, les livres et surtout les bandes dessinées.
L’ancêtre Mamadaly a mis au monde 4 fils Bwana Inzoudine, Bwana Nourdine, Bwana Amir, figures incontournables du magasin et de la cité et Bwana Sayfoudine établi à Madagascar.
Bwana Kaderbay quant à lui a eu Zoubeida, Fatima, Nourdine, Kourbane.
Bwana Issadji était le frère de Mamadaly; nous nous rappelons encore de son regretté fils Moustali et de sa fille Bilkissi qui avait épousé Bwana Taher un Sam de Moroni.
Kays est le fils de Bwana Inzoudine et de Fatima Kaderbay.
La disparition brutale de Kays ravive le douloureux souvenir d’une autre perte précoce qui nous aura encore marqué avec le décès de Altaf, le fils de Zoubeda et de Bwana Kader, frère de Taher.
Nous formulons le vœu que Dieu nous garde encore en vie et en forme longtemps les anciens et les jeunes de cette communauté Mutsamudienne et inspire les descendants disséminés dans les diasporas à revenir vivre dans la terre de leurs ancêtres.
Kays est passé comme une étoile filante fulgurante qui aura laissé une zébrure indélébile dans le ciel de notre vie.
Par Kamarouddine Abdallah PAUNE
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