LE PALAIS DE GUEREZANI : L’ÂME PIÉRÉE DU ROYAUME D’ANJOUAN

 

LE PALAIS DE GUEREZANI : L’ÂME PIÉRÉE DU ROYAUME D’ANJOUAN

Grandeur, mémoire et résilience du Dar-Nawaki

 

Il fut un temps où la pierre ne servait pas seulement à bâtir des demeures : elle racontait la grandeur d’un peuple. À Mutsamudu, dominant la baie et faisant face à la place Mroni lieu ancestral des rassemblements et de la vie publique, le palais royal de Guerezani, le Dar-Nawaki, appartenait à cette architecture souveraine où la pierre devenait le langage même du pouvoir.

À cette demeure se rattache la mémoire du Sultan Abdallah Iᵉʳ al-Masela (ibn Mohammed ibn Saïd Abdallah ibn Saïd Alawi al-Masela Ba‘Alawi). Le Dar-Nawaki fut bien plus qu’une résidence princière : il s’inscrivait dans une géographie sacrée où se croisaient la famille souveraine, l’autorité politique, la foi et la mémoire du royaume. Depuis ses hauteurs, le regard embrassait la baie de Mutsamudu, son port et l’immensité mouvante de l’océan Indien. Le souverain ne contemplait pas un simple paysage : il veillait sur son peuple.

C’est entre ces murs chargés de majesté que s’enracine l’union d’Abdallah Iᵉʳ et de son épouse Bweni Amina, princesse de sang royal et petite-fille du Sultan Idarous. Scellé à Domoni par un pacte de paix mettant fin aux rivalités intestines, leur mariage consacra le statut de reine de Bweni Amina et posa les fondations d’une lignée illustre. De cette demeure bénie naquit Mwana Wetru, qui s’unit au Sultan Alawi Iᵉʳ pour donner naissance au Sultan Abdallah II. Là encore s’illustra la mémoire de son frère cadet, le Sultan Salim II (né Husen), père du Sultan Abdallah III, jusqu’au dernier souverain, le Sultan Saïd Athman.

Guerezani n’était pas un simple palais : c’était le sanctuaire de la dynastie, le symbole vivant du prestige anjouanais. Au pied de ce monument gigantesque, la modeste et pieuse mosquée royale rappelait la guidée spirituelle qui éclairait chaque décision du royaume.

Mais l’ombre coloniale ne tolère pas les symboles de ce qu’elle cherche à asservir. Pour imposer son comptoir commercial, la Société Bambao, le pouvoir colonial français s’attacha à détruire ce joyau pierre par pierre. Avec la complicité d’un souverain fantoche placé sur le trône sans autre prérogative que la gestion des usages traditionnels, l’entreprise ne visait pas seulement à bâtir des intérêts financiers : elle cherchait à effacer les traces tangibles de notre histoire, à briser le miroir où le peuple anjouanais contemplait sa propre grandeur.

Ces clichés d’époque ne sont pas de simples souvenirs jaunis par le temps. Ils constituent le témoignage irréfutable d’un empire étouffé, la preuve d’une dignité qui refuse de s’éteindre. En exposant ces images, ce n’est pas seulement le passé que nous présentons : c’est le rappel solennel qu’un peuple dont on a voulu raser les palais conserve intacte la mémoire de son indépendance.

Les pierres peuvent être brisées et les palais réduits en poussière, mais le souffle de Guerezani demeure : comme une graine enfouie sous les décombres de l’histoire, la conscience anjouanaise n’attendait que la promesse de l’aube pour refleurir en liberté.

« Les pierres peuvent disparaître ; la mémoire, elle, choisit de rester. »

Guerezani — Dar-Nawaki

Mutsamudu, Anjouan

Anli Yachourtu JAFFAR

15 septembre 2026

Articles similaires

Commission, tu ne partiras pas…

En dépit de ce beau costume qui lui donne l’air d’un ponte, il n’était ni directeur général d’un service de l’état, ni ministre renommé.Et pourtant son décès brusque a effarouché les esprits et les coeurs de Mutsamudu. C’était un homme simple d’une grande gentillesse et dun humour incomparable. Il était aimé à Mutsamudu pour sa bonté et sa capacité à sourire et rire avec tout

L’Écrin d’Abdallah 1er Al Masela, Port des Étoiles …

  L’Écrin d’Abdallah 1er Al Masela, Port des Étoiles … À travers le voile grisé du temps, cette esquisse s’élève, non comme un simple dessin, mais comme un soupir de l’Océan Indien capturé sur papier. Elle nous transporte vers les rives d’Anjouan, en son âge d’or, celui où le Sultan Abdallah Ier inscrivait sa volonté dans la pierre et le destin, à la fin du

error: Contenu protégé !