
L’Écrin d’Abdallah 1er Al Masela, Port des Étoiles …
À travers le voile grisé du temps, cette esquisse s’élève, non comme un simple dessin, mais comme un soupir de l’Océan Indien capturé sur papier. Elle nous transporte vers les rives d’Anjouan, en son âge d’or, celui où le Sultan Abdallah Ier inscrivait sa volonté dans la pierre et le destin, à la fin du XVIIIe siècle (1782-1796).
Contemplez le panorama :
Au premier plan, l’Eau Murmurante : Le canal ondule, miroir d’argent qui berce l’image. Il est la route salée qui, hier, portait les boutres chargés d’épices et de soieries, scellant la fortune du Sultanat.
La Muraille, Gardienne Séculaire : Visible sur ce trait, la muraille protectrice de Mutsamudu enlace la ville. Elle n’est pas née de la seule main d’Abdallah 1er Al Masela, mais il en est le grand architecte de la puissance. Il l’a fortifiée, élevée et renforcée, transformant un rempart ancien en une formidable carapace de pierre contre les convoitises. Cette enceinte protège à la fois la vie urbaine et, au loin, la Citadelle, un poing de pierre serré entre les vagues et l’Océan.
Le Foyer Royal, Alliance et Paix : Juste derrière l’enceinte, on devine l’éclat du Palais de Guerezani, le Dar-Nawaki. Ce lieu est le cœur d’un pacte, car Abdallah Ier y régnait aux côtés de son épouse, la puissante Amina binti Sultan Abubakr ibn Sultan Idarous Al Ahdali. Elle est plus qu’une reine ; elle est la régente et l’incarnation d’une union de paix conclue à Domoni, assurant l’unité et la stabilité de l’île.
C’est dans cette demeure, symbole d’harmonie retrouvée, que le Sultan, sa suite, sa fille Mwana Wetru et son époux Alawi Ier Al Shirazi façonnaient l’avenir. Plus encore, ce palais fut le berceau d’une lignée royale prometteuse : la fratrie issue de l’union d’Alawi Ier et de Mwana Wetru y naquit. Parmi eux, on compte notamment les futurs souverains Abdallah II et Hasan (devenu Sultan Salim II), ainsi que Fatima, qui devint la première épouse du puissant Sultan Ahmad dit Mwenye Mku de Ngazidja-Comore, sans oublier Hussein, Anli, Hamza, et Abubakr, assurant ainsi la pérennité et l’influence du royaume.
En arrière-plan, les Montagnes de Brume : Les hauts reliefs d’Anjouan, drapés de vapeurs, rappellent que Mutsamudu est une fine bande de civilisation adossée à une nature puissante.
Cette gravure est une fenêtre ouverte sur l’âme anjounaise du XVIIIe siècle, capturant la pierre renforcée, le pacte scellé et l’éclat d’une capitale que le génie militaire et politique du Sultan Abdallah Ier a élevée au rang de port incontournable de l’Océan Indien.
Anli Yachourtu JAFFAR
01 novembre 2025
