Une famille de La Croix de la Légion d’honneur (Al Masela)

Le sultanat d’Anjouan

Said Mohamed Sidi (photo) en visite à Paris en août en 1901 a été décoré de La Croix de la Légion d’honneur. Comme son père Said Omar Al Macely l’a reçu en 1883. Son demi-frère le sultan de Ngazidja Said Ali a aussi reçu La Croix de la Légion d’honneur. Je ne sais pas si princes Said Housseine et Said Ahmed Zaki ont aussi reçu La Croix de la Légion d’honneur.

Le texte suivant nous permet de comprendre un peu le sens de cette croix de la Légion d’honneur donnée à certains plutôt qu’à d’autres :

« L’ordre rétabli dans la rue fallut le ramener dans les esprits. L’intervention française n’était point désapprouvée. L’opinion publique en son ensemble estimait que la France avait fait justice de peu avouables ambitions. Encore fallait-il que le nouveau sultan tout en s’autorisant de notre influence, pût se concilier la faveur du peuple. Dès lors, Essayed Omar s’indiquait de lui-même. C’était lui qui avait le plus efficacement collaboré aux préliminaires de l’instrument diplomatique grâce auquel Mayotte était devenue possession française. La France lui avait déjà témoigné sa reconnaissance en lui donnant la croix de la Légion d’honneur. Et cette distinction n’avait été ni imméritée, ni superflue elle avait récompensé un attachement sincère – et scellé un durable accord. Réfractaire à tout complot, hostile à toutes menées, Essayed Omar donnait l’impression d’un homme sur qui l’on pouvait compter sans réserves.

De souche royale – et musulman – il ne devait, semblait-il, inspirer nulle défiance à ses futurs sujets auxquels il allait s’offrir comme un chef naturel, dicté par des origines et des sympathies de religion et de race. Appelé au Sultanat d’Anjouan en 1891, son règne devait contribuer à l’apaisement des âmes. Mais il devait être de courte durée. Avant qu’une année soit révolue, Essayed Mohammed, son fils, était appelé à lui succéder. Depuis lors il n’a cessé d’être, depuis son avènement au trône, le collaborateur zélé et fidèle de nos résidents dans l’administration des affaires du protectorat

Agé, aujourd’hui, de trente-neuf ans, grand, bien fait, corpulent, comme tout oriental, il représente le type pur de l’Arabe noble des Comores. Sous le teint bronzé, la physionomie, qu’éclaire un sourire de bon aloi, est agréable, intelligente et fine. Elevé à Mayotte, dans un milieu composé de nationaux français, il y a appris notre langue : il s’y est familiarisé avec nos idées. Il nous connaît et sans exagération on peut dire qu’il aime la civilisation jusqu’à la patrie française.

Nos mœurs ne lui sont point étrangères : il les concilie avec celles que dictent ou imposent la latitude, la tradition – et le climat. Il n’a rien du fanatisme musulman et le fatalisme des Arabes n’a fait qu’effleurer son esprit. L’esprit politique de son père est en lui. Doué d’activité, il ne l’exerce point à notre encontre : son autorité n’est limitée que par nos conseils : il écoute ceux-ci et met tout entière celle-là au service de notre politique. Et d’ailleurs notre politique n’est point différente celle que son intérêt et le souci local lui commandent d’adopter.

C’est un prince auprès duquel l’influence légitime du résident s’exerce librement. Les exhortations de notre représentant n’ont jamais trouvé chez lui l’indifférence. Aucune conjecture où il ne prenne soin de nous témoigner qu’il n’a point oublié à quelle assistance il doit son investiture. Et c’est chose déjà fort louable qu’il n’ait point méconnu ses origines. Il marque de l’initiative comme d’exonérer de tous droits d’entrée les marchandises françaises, soucieux qu’il est de multiplier, en les facilitant, les relations du royaume avec la France.

Il est bon que cela soit su, afin qu’ainsi on encourage à l’expansion le commerce et l’industrie française; si l’on ne veut point livrer à la seule exploitation des Anglais et des Allemands ce pays très riche et très neuf. Il paraît que les capitaux prennent moins de timidité; sous la menace de l’impôt sur le revenu, ils envisagent avec moins de terreur l’éventualité de s’appliquer à des entreprises coloniales. Nous en savons qui sont allés à Anjouan pour y tenter la fortune. Il y a dans l’ile trois grandes propriétés sucrières, deux sont exploitées par des Français.

Essayed Mahommed s’emploie de tous ses efforts à stimuler l’esprit d’initiative de l’industrie et du commerce français. Tâche rude de triompher de l’inertie et de faire descendre dans les faits une activité seulement théorique. Il serait à désirer que ses efforts ne soient point superflus, et que le règne de Essayed Mohammed apparaisse de plus en plus profitable à la mère-patrie laquelle ne saurait mieux faire pour témoigner qu’elle apprécie ce zèle avéré, d’attacher, pendant son séjour à Paris, où il vient d’arriver pour la première fois, sur la poitrine du jEssayed Mahommedn, comme elle a fait naguère pour son père, la croix de notre Légion d’honneur. »

AUGUSTE MEULEMANS.

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Image : Said Mohamed Sidi Al Macely à Paris, âgé de 39 ans en 1901.

Sources : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5196396h

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Un ouvrage sur la médina de Mutsamudu : Malik, enfant de la médina…

Un récit qui vous ouvre les portes de la médina de Mutsamudu, en compagnie d’un de ses enfants Malik.
Un ouvrage dédié « à tous les enfants et petits enfants qui ont comme origine cette médina de Mutsamudu, mais qui n’ont malheureusement pas eu la chance de la connaître autrement que par ce qu’ont pu leur communiquer leurs parents et les échos lointains qui sont arrivés à leurs oreilles sans qu’ils aient pu en connaître les parfums, ni la chaleur de son étreinte ni son incommensurable amour pour les siens ».

Quelques passages du début :

Mutsamudu : « Chaude et possessive comme une mère qui vous tient par le bras de ses ruelles étroites et ne veut plus vous lâcher. Chaque ruelle vous conduisait vers un adulte, un oncle, une connaissance et vous donnait l’impression que la solitude ne pouvait exister ». P9

« Mais ce que Malik préférait pardessus tout, c’était Mutsamudu de la nuit. D’abord au crépuscule quand les narines étaient visitées par des fumées qui sortaient de tous les foyers de bois et promenaient des senteurs suaves, douces ou épicées à travers les ruelles. Ici, c’était le fumet d’un mataba 8 qui exhalait son coco envoûtant, là le chant des oignons au curcuma, cumin et autres épices et là-bas le « rôti anjouanais » 9 qui finissait de vous liquéfier ».

« Et puis venait la nuit comme un voile mystérieux embaumé de corolles de jasmin, de fleurs et de plantes à parfums : c’était la sortie des belles de nuit, les Mutsamudiennes qui, après avoir passé la journée dans leur maison à s’occuper de tout, se libéraient pour prendre l’air, dans un froufrou de Shiromanis 10 et de joyeux babillements ». P12-13

« Par une petite fenêtre dans le mur, derrière le balcon, le célèbre M Tom Tom, le projectionniste lançait une gerbe de lumière qui s’aplatissait sur un écran peint sur le mur opposé pour créer la magie des images parlantes. Du plafond, tombaient quelques lampes nues autour desquelles voletait une nuée d’insectes.

Malik avait le regard et l’esprit suspendus à ces lampes car longtemps il s’était imaginé que c’étaient les insectes tournoyant autour des ampoules qui les éteignaient et marquaient ainsi le début du film. D’ailleurs, avant de s’éteindre définitivement, elles se mettaient à clignoter comme pour donner un signal.

Les films les plus prisés étaient les Tarzan, les Eddy Constantine, les Westerns, tous les films d’action et de bagarres que la basse-cour suivait à grands cris de « Inwa, inwa » 6 « Allez-allez »
Souvent, les spectateurs essayaient d’aider l’acteur principal en l’interpellant à haute voix et l’exhortant à regarder par derrière ou sur le côté où étaient tapis ses ennemis. » P22

Des lieux inoubliables, des personnages pittoresques, des croyances, des traditions des anecdotes, une atmosphère, des parfums… pour permettre à chaque parent d’évoquer avec ses enfants et petits enfants le souvenir d’un lieu extraordinaire et merveilleux et qui pourraient peut être les aider à renouer les liens avec le pays. Car on sait que « l’origine d’un homme, ce sont ces racines enfouies au profond de son être et qui en font sa solidité et son rayonnement. »

Vous pouvez vous procurer cet ouvrage
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Vous pouvez également me joindre pour toute question sur mon messenger Kamaroudine ABDALLAH PAUNE ou par mail au kapaune1@gmail.com
Avec mes remerciements cordiaux.

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Qatar National Library Digital Repository NOTA BENE : La photo portrait est bien celle du Sultan Alawi II dit Alawi Mtiti mais, le texte résume des péripéties d’un de ses fils, Abdullah. Portrait en studio d‘Abdullah Bin Alawi, également connu sous le nom de Prince Abudin, fils d‘un Sultan déchu de l‘île de Nzwani, dans l‘archipel des Comores, qui avait une fois représenté son père en

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